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Malade d’Alzheimer et la télévision

Quelques années après le début de la maladie d’Alzheimer, la personne atteinte oublie complètement l’usage de l’appareil télévisé. Tous ce que se passe sur l’écran, pour elle est réel, cela se passe dans sa chambre. Si l’émission est de bonne qualité et agréable, la personne s’identifie avec le personnage. Ainsi, une dame très excitée disait à son auxiliaire de vie : « cette nuit je me suis mariée avec un policier ». Bien que l’auxiliaire avait aussi regardé le film et a compris de quoi la patiente parlait, cela l’a rendu confuse. Que doit-on répondre dans tels cas ? Peut-on entrer dans le jeu et, par exemple, féliciter la patiente, demander le nom de son mari… ? Certainement pas, car l’on considère qu’un tel acte renforce le patient dans sa démence et cela est interdit aux termes de différentes chartes.

 

Un auxiliaire de vie met une patiente, mangeant peu et très lentement, devant l’émission de télévision « un diner presque parfait » qui passait à la même heure où elle mangeait. Il avait remarqué que la patiente voyant les autres manger, mangeait elle-même beaucoup mieux et plus rapidement. Cependant, au lieu de lui faire croire qu’elle mange accompagnée, j’ai proposé à cet auxiliaire de trouver les causes pour lesquelles cette dame ne mangeait pas bien. Il convient d’imaginer le jour où cette émission serait suspendue et que la patiente s’abstiendrait de manger ; les causes principales et responsables n’étant toujours pas éliminées. De surcroît, cela est aussi considéré comme le renforcement dans sa démence, et reste interdit.

Il en va de même, lorsqu’on voit que le/ la patiente met des biscuits, des bonbons, un verre de jus de fruit, que lui sont destinés, devant l’écran de la télévision car on lui laisse regarder les dessins animés et des programmes pour les enfants. Que faire dans ce cas ? Comment expliquer que ces enfants ne sont pas réels  sans qu’il/elle ne se sent ridiculisé, accusé(e) de « folle » ? Peut-on lui permettre de continuer de se priver de ses nourritures ? Il est probable qu’en voyant que les enfants ne mangent rien, la patiente se mette en colère et leur donne des coups, brise l’écran et se blesse ou devienne triste ou agressive…

Il a souvent été rapporté qu’un/une malade d’Alzheimer avait mis du feu dans sa chambre en arrosant la télévision. Mais en réalité ce qu’il/elle avait voulu arroser était des plantes, des fleurs, ou du feu, vus dans l’émission en cours de diffusion.

Toutes les personnes qui suivent de près ces patients ont remarqué que le 11 Novembre où les personnels non formés mais pleines de bonne foi, invitent ces patients âgés à assister au défilé du mémorial de la première guerre, ont constaté au contraire, beaucoup de ces malades d’Alzheimer, s’affolent, courent de tous les côtés, supplient qu’on les laisse rentrer chez eux, car   « la guerre est déclarée ». La situation devient de plus ingérable lorsque personne ne comprend la raison de cette agitation pour qu’au moins éteint la télévision et rassure les agités…

Les personnels partagent souvent leur étonnement et demandent pourquoi lorsque les malades voient sur l’écran de la télévision un avion passer, ils baissent la tête ? La réponse est simple: à leurs yeux, l’avion vole réellement en dessus de leur tête.

Après avoir assisté à la télévision au crash d’un avion, une patiente s’ést mise à pleurer en disant que son petit fils est mort. Comment peut-on l’expliquer ? la consoler ?

Je me trouve souvent confrontée à la colère, parfois mal maitrisée, des personnels à domicile lorsque je leur demande de sortir avec le patient un bel après-midi car, au contraire, en toute bonne foi, ils veulent rester à la maison pour que le patient regarde «Trente millions d’amis ». Lorsque je leur demande s’ils sont certains que le patient aime les animaux, ils haussent les épaules et répondent « bah, oui, comme tout le monde ». C’est une immense erreur. D’abord, tout le monde n’aime forcement pas des animaux, et encore moins tous les animaux. De plus, le malade d’Alzheimer ne fonctionne pas comme tout le monde.

Ensuite, je leur demande si elles connaissent bien la personne dont ils s’occupent, si cette personne est certaine qu’il ne souffre pas de la phobie des animaux ? Là, mon interlocuteur reste muet. C’est comme s’il se disait : « qui s’intéresse à ce que le patient ressent ? Il est un objet de soins, on la traite comme cela nous enchante. C’est déjà gentil de ma part d’avoir pensé à lui faire plaisir, n’est-ce pas ? ».

Les personnels s’étonnent encore plus lorsque je leur explique que ce que les patients voient sur l’écran, par exemple, des serpents, des tigres, des lions… qui se trouvent, pour eux, réellement dans leur lieu de vie, et cela les rend inquiets, anxieux, agités, insomniaques. Ils peuvent alors se mettre à crier, à courir, ou s’affolent sans pouvoir dire ce qui se passe. Bien évidemment, aucune tentative pour garder le malade dans sa chambre, sur son lit, de l’empêcher n’est couronnée de succès. Il en va de même pour les scènes de viol, à cause desquelles le (et surtout la) patient(e) s’identifiant avec la victime peut, lors de la toilette intime, du changement de protection, de la douche… gifler, cracher, ou pleurer et supplier… son aidant, se défendre avec toute leur force contre tout ce qu’il fait. Il en va de même pour les tueries, les bagarres. De cette situation, l’entourage souffre autant que les patients ; et inutilement de surcroît.


Malade d’Alzheimer et le reflet

L’appareil télévisé, peut, même éteint, créer de l’agressivité et de la confusion chez les malades. En effet, le patient ne comprenant plus ce qu’un reflet, en se voyant dans la vitre de l’écran de la télévision, peut penser que quelqu’un est dans sa chambre. Dans ce cas, il risque de le prendre pour un/une ami(e) et se mettre à lui parler, à refuser de quitter sa chambre, refuser de se laisser déshabillé devant elle/lui, de se laisser baisser le pantalon/la culotte… Les personnels n’ayant aucune idée de ce qui se passe dans la tête du malade, perdent du temps, s’agacent, emploient la force…Ou au contraire, le patient se sent mal face à cet inconnu, à cet invité non désiré, et lui demande de sortir. Puisque l’autre n’obéit pas, il se met en colère, sort furieux de sa chambre ou donne des coups et brise l’écran.

Lors d’une formation des familles des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, le fils d’une patiente, à la fois en colère, à la fois admirative, me demande de lui expliquer comment sa mère, qui ne pèse que quarante-cinq kilos et qui n’a jamais, même jeune, pu porter plus de trois kilos, avait réussi à soulever l’ensemble de la table et la télévision et marcher avec, jusqu’à ce que le fil, ne suivant plus, la fasse tomber brutalement. La vitre cassée de l’écran avait blessé ses mains, ses jambes, son visage… Après avoir compris le fait que ces personnes ne connaissent plus ce qu’est un reflet, il a admis que sa mère en voyant quelqu’un dans sa chambre qui ne parle pas et ne veut pas partir non plus, s’était laissée emporter pas une si forte colère qu’elle avait trouvé la force « anormale » de soulever une dizaine de kilos et de marcher afin de mettre l’intrus dehors.

L’existence des vitres dans le champ visuel des malades est un facteur considérable de leur peur, agitation, déambulation et cris, surtout dans la nuit.

Lors d’une formation, les soignants de nuit se plaignaient d’une dame atteinte de la maladie d’Alzheimer qui criait d’une façon stridente, toute la nuit, toutes les nuits. Vu qu’elle ne parle pas, il est impossible de savoir pourquoi elle crie. Les soignantes de jour, unanimes, disaient, que dans la journée elle était calme, et ne cri jamais. Elles m’ont laissé comprendre que cette patiente passait sa journée dans le salon et que c’était juste pour dormir qu’on l’emmenait dans sa chambre. Il était donc évident qu’il fallait chercher la/les causes à cet endroit. Elle avait une chambre jolie et propre qui donnait sur la mer. Seulement, il existait un grand arbre juste dans son champ visuel lorsqu’elle se trouvait au lit. Dans le noir de la nuit, cet arbre bougeait à cause du vent, et la pauvre patiente, s’effrayait, se mettait à crier. Après avoir mis des stickers sur la partie de la vitre qui se trouvait dans son champ visuel, elle cessa de crier et passa de bonnes nuits.

Malade d’Alzheimer et l’usage de l’ascenseur 

Toutes personnes accompagnant ces malades ont observé leur résistance, leur peur et leur anxiété d’entrer dans un ascenseur. Certains disent « je ne veux pas entrer dans cette cage ». Pour d’autres, il s’agit d’un confessionnal et disent « je n’ai rien à confesser ». Ceux qui ne parlent que peu, résistent er tentent de refuser d’entrer. Ou, tout au long du trajet, sont emportés par l’angoisse, certains restent sur leurs gardes comme un boxeur…
La raison en est simple et le coupable n’est que l’agnosie. 
 

Que faire ? La solution reste à savoir les accompagner d’une manière adapté et rassurante. C'est-à-dire d’y entrer soi-même, tourner le dos au miroir, regarder calmement le malade, sourire, tenir ses mains, et le faire entrer tout en continuant à le regarder sereinement jusqu’à qu’il soit entré. Avec cette démarche, j’ai vu certains personnels qui ont su gérer des situations de pannes d’ascenseur où ils sont restés bloqués pendant un certain moment, sans aucune mauvaise réaction de la part des malades.

Malade d’Alzheimer et contention : L’agnosie nous emmène à réfléchir sur l’usage et l’efficacité de la contention car le malade, n’étant pas capable de juger son état, n’admet pas qu’il a besoin de se protéger, ne peut pas accepter le raisonnement de ceux qui veulent le protéger, ne connait plus l’usage des barres, la ceinture autour de sa taille… et peut devenir encore plus agité, anxieux, énervé. Il est fort probable qu’il passe sa tête entre les barres du lit, se mette debout, et passe une de ses jambes, en tentant de lever l’autre, tombe et se brise la nuque. Ainsi, la contention des malades d’Alzheimer de tout sorte s’avère plus mortel que laisser le patient de bouger. L’établissement qui héberge ces personnes devrait être muni de lits spéciaux qui se baissent jusqu’au ras du sol.

Malade d’Alzheimer et le miroir : La maladie d’Alzheimer progresse et, il arrive un jour où, le patient ne reconnait plus son propre visage dans le miroir, sur une photo récente, ni son reflet dans les vitres alors qu’il voit et reconnait par exemple les vêtements qu’il porte. Cette perte constitue une cause importante de refus du patient de se déshabiller, de se doucher, voire de mettre les pieds dans la salle de bains, où il y a un miroir. Cela peut également constituer une cause de leur agressivité, agitation et colère.

Une auxiliaire de vie nous racontait qu’à chaque fois qu’elle rentrait d’une sortie avec une patiente, cette dernière disait poliment «  bonjour » à son reflèt dans le miroir qui se trouvait à l’entrée. Mais en se voyant dans celui de son salon, s’agaçait et demandait à la personne de rentrer chez elle. Puisque l’autre ne bougeait pas, elle devenait plus de en plus agacée. L’entourage avait beau lui expliquer qu’il s’agissait de son propre reflèt, elle ne comprenait pas, et continuait sa lutte. Lorsqu’ils ont appris/compris qu’il fallait couvrir le miroir, le problème fut résolu.

La situation s’empire lorsque le patient ne parle plus car il exprime habituellement sa colère, ses inquiétudes, par des actes d’opposition, d’agressivité et /ou par des cris. Ce comportement est plus visible lorsque les personnels tentent de déshabiller le patients pour le doucher, ou faire sa toilette au lavabo en face du miroir… le patient refuse de se laisser faire car « il y a une tête bizarre », « un inconnu »… qui le regarde. Comme avait dit une patient : «c’est agaçant à la fin, il y a toujours quelqu’un qui m’attend quand je viens ici ». Partout où les soignantes ont appris à mettre une serviette ou un sticker ou du papier aluminium, l’opposition, l’anxiété et l’agressivité des patients lors de la toilette et la douche ont diminués.

09/20/13 | 1 Commentaire | Malade d’Alzheimer et la télévision

Commentaires
  • 1.

    MERCI, pour ces informations qui me seront utiles pour mon proche.
    Merci encore.

    loroux | Avril 2014 | nantes

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