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Ma demarche

En 1985, pour la première fois et par la force du destin, je me suis trouvée, seule au chevet d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer; le diagnostic avait été fait aux États-Unis, car à l’époque celle-ci était peu connue, en France.

La famille qui m’avait accompagnée les trois premiers jours de ma mission, n’en savait pas plus que moi. Leur présence perturbait encore plus leur mère et m’empêchait de prendre des initiatives. Très honnêtement, elle m’avait prévenue que leur mère était « violente » et que je devais me protéger, la protéger, mais également qu’il fallait protéger les résidents de l’établissement. C’est sous un flot de conditions et contraintes que cette dame y avait été admise. La tâche était rude,

Par l’expérience de la vie et par ma formation de psychologue, je savais que la méchanceté n’existait pas. Il était clair pour moi qu’elle souffrait, mais de quoi ?

Je suis partie dès le début, sur la base d’une causalité : …qu’il y avait une/des causes à tout ce que cette personne faisait, subissait et nous faisait subir, moi et sa famille. Je devais donc observer pour comprendre. Même quand elle tirait violemment mes vêtements, qu’elle arrachait mes cheveux ou, avec toute sa force, serrait exprès les deux poings osseux de mon poignet… je tentais de comprendre ce qui se passait dans son for intérieur. Parfois je lui demandais « pourquoi faites-vous cela ? » « qu’ai-je fait de mal ? » Elle me regardait désespérément et répondait « je ne sais pas »…

Je suis restée auprès d’elle 8 ans. La violence, l’agressivité, l’agitation du début avaient considérablement diminué.

J’ai donc eu raison. L’élimination des causes que j’avais trouvées avait fait de l’effet. Elle était calme, alors que la maladie avançait ; elle était de plus en plus calme et facile à accompagner. Sa famille disait soufflait aussi. J’avais sauvé ma vie professionnelle et personnelle sans en être épuisée.

L’expérience de mes 8 années avec cette patiente, suivie par d’autres expériences avec d’autres malades, différents l’un de l’autre ont montré que j’avais raison de chercher des causes et de ne pas tomber dans la fatalité de la « méchanceté », de « l’agressivité », de la « violence »… J’ai pu comprendre également qu’à tout ce qu’ils disaient, il y avait un sens il fallait simplement y croire pour pouvoir le décoder.

Très rapidement, j’ai eu l’occasion de partager mes acquis avec les autres, sous forme de conférences dont la première en 1986.

J’ai écrit mon premier livre édité début 1993, où je suis devenue formatrice et eu l’occasion d’enseigner ma propre méthode.

Encore aujourd’hui, mes premiers stagiaires me font part de leur réussite et de leur gratitude.

Au fil de toutes ces années, soit à travers mes propres travaux sur le terrain, soit à travers des témoignages, des questions posées et des problèmes abordés par mes nombreux stagiaires sur toute la France, et parmi toutes les catégories de professionnels ou de familles, j’ai pu améliorer ma méthode pragmatique et former selon cette méthode plus d’un millier de professionnels/familles/bénévoles.

Je suis heureuse qu’elle ait pu et continue à alléger la tâche rude qui est celle d’accompagner ces patients et de briser le triangle de la souffrance des patients, des professionnels et des familles.

Cette méthode a rendu leur tâche agréable et leur permet de travailler avec leur cœur , leur intelligence et leur imagination, donc humainement. Personne ne peut travailler humainement quand les évènements dépassent ses limites d’être humain. Il fallait une méthode qui empêche l’épuisement.